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Chaque jour une histoire du livre « Contes et Sagesses »- conte2: Le Périple d'Ayour et les Leçons de la Vie

 
Chaque jour une histoire du livre « Contes et Sagesses »-  conte2: Le Périple d'Ayour et les Leçons de la Vie

Livre de Bouchra CHAKIR- Ati mag

Le Périple d'Ayour et les Leçons de la Vie

Quelque part dans les terres du Royaume du Maroc, au cœur des cimes majestueuses du Moyen Atlas, vivaient deux frères au sein du même douar. Abdelaziz, l’aîné, et Abderrahmane, son cadet de quelques mois, étaient liés par une affection profonde. Enfants uniques, ils avaient grandi dans le luxe de l'amour parental. Leur père ne manquait jamais une occasion de se pavaner devant le voisinage, clamant que ses fils seraient ses béquilles dans la vieillesse et les gardiens de son nom, surtout s'ils lui offraient une descendance mâle pour hériter de la terre.

Le temps forgea les deux jeunes gens. Pour satisfaire le désir de leur père et ne jamais se séparer, ils s'installèrent côte à côte. Abderrahmane acheta la maison voisine de la demeure familiale où Abdelaziz s'était établi avec leur vieux père. Bientôt, la joie frappa à la porte de l'aîné : sa femme donna naissance à un fils, Hamed. Abdelaziz exulta, ivre de cette fierté virile que son père lui avait enseignée.

Quelques mois plus tard, ce fut au tour de Yezza, l’épouse d’Abderrahmane, de mettre au monde leur enfant. Après une attente qui parut un siècle à son mari, elle accoucha d'une fille d'une beauté foudroyante, dont le visage irradiait comme la lune. Mais Abderrahmane, qui brûlait d'offrir un petit-fils à son vieux père, ne put cacher son amertume. « Comment l'annoncer à mon frère qui se targue déjà de son héritier ? » soupira-t-il. Yezza, dont la sagesse égalait la beauté, lui répondit avec calme : « Ne rends-tu pas grâce à Dieu pour ce don ? Sommes-nous encore à l'ère de l'enterrement des filles ? Qui sait ce que cette petite nous réserve ? » Confus, il prit son enfant dans ses bras, mais son cœur restait lourd. Yezza choisit alors de la nommer Ayour, la « Lune » en langue amazighe.

L'histoire, pourtant, ne faisait que commencer. Chaque réunion de famille devenait un calvaire pour Abderrahmane. Voir Abdelaziz caresser son fils Hamed en répétant qu'il porterait son nom le plongeait dans une honte telle qu'il finit par cacher sa propre fille, l'empêchant de l'accompagner dans les assemblées. Une compétition absurde s'installa : Abdelaziz eut sept fils, sans aucune fille, tandis qu'Abderrahmane eut sept filles, sans aucun fils. La pauvreté s'installa chez le cadet, car le grand-père, suivant la logique du sang, avait légué sa fortune à l'aîné pour que l'argent reste aux « hommes ».

Les années passèrent. Abdelaziz devint riche et arrogant, criant à qui voulait l'entendre : « Laisse ta place à l'homme aux sept joies, toi, le père des sept douleurs ! » Abderrahmane rentrait chez lui brisé, mais Ayour, sa fille aînée, était là. Elle avait hérité de l'éloquence et de la beauté de sa mère. Elle partait chaque matin travailler aux champs comme un homme, pendant que ses cousins, les fils d'Abdelaziz, passaient leurs nuits à festoyer et leurs journées à dormir, persuadés que la fortune de leur père était éternelle.

Le destin bascula lorsque le grand-père, devenu vieux et dépendant, fut chassé par Abdelaziz. « Tu n'es plus le bienvenu, tu coûtes trop cher », lui lança son fils préféré. C'est chez Abderrahmane, dans la pauvreté mais avec dignité, que le vieillard trouva refuge. Ayour l’accueillit avec une tendresse qu'il n'avait jamais méritée. Bouleversé, il pleura : « Ceux dont j'étais fier m'ont humilié, et toi, que je méprisais, tu me sauves. »

Pour briser le cycle de l'humiliation, Ayour proposa un voyage vers les villages lointains pour développer le commerce. Elle demanda que Hamed, l'aîné des cousins, l'accompagne. À un carrefour, elle lui laissa le choix : « Hamed, les hommes dirigent les femmes, choisis ton chemin. » Imbu de lui-même, il choisit la voie large et plate. Ayour, prévoyante, choisit le sentier escarpé et rocailleux.

Hamed échoua lamentablement. Habitué à la facilité, il finit par perdre tout son argent au jeu dans un café de passage et fut jeté dans une cellule obscure, seul et endetté. Ayour, quant à elle, arriva dans une cité gouvernée par un homme juste. Remarquée pour son courage par une vieille cuisinière, la Khala Fatima, elle entra au service du palais. En l'absence du Gouverneur (Hâkim), elle redonna vie au jardin abandonné, y plantant légumes et fleurs, transformant la poussière en paradis.

À son retour, le Gouverneur fut subjugué. Il s'attendait à trouver un jardinier robuste ; il découvrit une jeune femme à la grâce royale. Ébloui par son intelligence et sa loyauté envers son père, il demanda sa main. Ayour accepta, mais exigea de retrouver son cousin d'abord. Accompagnée d'une suite prestigieuse, elle libéra Hamed de sa geôle. Ce dernier, ne reconnaissant pas sa cousine sous son voile de soie, crut à un miracle divin.

Le retour au douar (village) fut un triomphe. L'arrivée de la caravane royale fit taire toutes les moqueries. Hamed, pâle et humilié par son propre échec, confessa devant son père et son oncle : « Mon oncle Abderrahmane, dans ta maison a grandi une femme plus noble et plus forte que bien des hommes. » Abdelaziz tomba aux pieds de son frère, demandant pardon pour des décennies de mépris.

Le grand-père demanda alors à Ayour : « Comment as-tu su que le chemin rocailleux était le bon ? » Elle répondit : « Mon grand-père, j'ai observé la terre. Là où le chemin est difficile mais fréquenté par les travailleurs, la terre est généreuse. Là où le chemin est plat mais désert, l'âme s'endort et se perd. La main de Dieu est avec le groupe. »

L'harmonie fut restaurée. Ayour devint princesse, mais resta la fille dévouée de ses parents. Et le vieux douar se souvint à jamais de cette leçon : « Les femmes sont les sœurs des hommes ; seul un homme généreux les honore, et seul un homme vil les humilie. » parole du Prophète (PSDL)- Fin

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Pour rappel : Préface

Nous avons été habitués à écouter les récits de nos ancêtres ; autrefois, ils en puisaient la sagesse pour l'appliquer à leur quotidien. Aujourd'hui, nous consommons ces histoires comme des « fast-foods » de l'esprit : nous n'en saisissons plus la profondeur et ne nous laissons plus toucher par leur sens, même lorsque la leçon est puissante. Est-ce notre faute ou celle de cette époque que nous avons baptisée « l'ère de la vitesse » ? Une course effrénée qui nous emporte sans que nous ne prêtions attention aux signaux d'arrêt, ni aux étapes essentielles que nous dépassons.

Ce qui manque souvent à nos programmes éducatifs, tant dans le monde arabe qu’en Occident, c’est que ces derniers s’appuient essentiellement sur des contes illustrés destinés aux enfants, où les personnages sont purement fictifs et déconnectés de la réalité. Nous avons tous lu ou entendu l'histoire du prince sauvant la princesse des griffes du dragon ou de l'ogre, ou encore, dans les contes occidentaux, l'histoire du Petit Chaperon Rouge. Si ces récits fantastiques nourrissent l'imaginaire de l'enfant, ils peuvent aussi retarder son immersion dans son environnement social, par crainte de croiser l'un de ces personnages effrayants.

La psychologie moderne a prouvé qu'il est possible de stimuler l'imagination de l'enfant avec des récits inventés sans qu’ils ne soient mythologiques ou mensongers. En d'autres termes, ce que nous racontons à l'enfant doit trouver un écho dans le réel. C'est pourquoi j'ai tenté, dans cet ouvrage, de faire de chaque récit une « scène de vie » inspirée du passé, loin des chimères qui n'existent pas.

Ce livre se veut un outil pédagogique plaisant pour les enfants dès l’âge de neuf ans. Cependant, il possède cette particularité de s'adresser également aux adultes, quel que soit leur âge. Car il n’y a pas d’âge pour apprendre une leçon de vie ou pour réévaluer nos propres pas.

Il me semble important d'expliquer à mes chers lecteurs pourquoi j'ai choisi ce seuil de « neuf ans et plus ». À neuf ans, l'enfant développe une confiance en soi particulière. Il commence à chercher une indépendance de pensée et n'accepte plus les idées imposées par ses parents ou ses éducateurs sans obtenir une réponse convaincante à sa question : « Pourquoi ? ». Il aspire à forger son propre jugement, il donne son avis et dialogue ; il n'adhère à l'opinion des adultes que s'il est persuadé de sa justesse. C'est pour cette raison que j'ai voulu des récits convaincants, afin que l'enfant tire la leçon par conviction et n'oublie jamais ce qu'il a appris. Parallèlement, les parents doivent renforcer la puissance du récit par la force de l'exemple. Je les invite donc à lire et à méditer ces pages, pour réévaluer et rectifier leurs propres comportements devant leurs enfants — pour le bien de ces derniers, mais aussi pour le leur.

Si l’enfant de neuf ans se prépare à entrer dans la préadolescence en s’éloignant progressivement de la petite enfance, celui de dix ans attend une plus grande reconnaissance de son besoin d'autonomie et de compréhension de son environnement familial et social, sans ambiguïté. Comme mentionné plus haut, cela doit se faire de manière réaliste, où le réel peut se mêler à l’imaginaire, à condition de bannir le mythologique et le mensonge.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le Prophète Mouhammad (que la paix et le salut soient sur lui) a recommandé d'enjoindre les enfants à la prière dès l'âge de dix ans. À cet âge, l'enfant distingue ses droits et ses devoirs ; c'est le stade de transition où il quitte l'enfance pour se préparer à l'adolescence.

En résumé, nous allons tous — de l'enfant de neuf ans à l'adulte — essayer, à travers ce livre, d'apprendre à voir une leçon dans chaque chose que nous entendons. Nous naviguerons ensemble à travers des récits divers, dont vous dessinerez vous-mêmes les traits des héros, leurs vêtements et les lieux qu'ils habitent.

Je vous laisse découvrir ce premier tome de « Contes et Sagesses » (Hakaya wa 'Ibar), avec l'espoir de publier prochainement le second volume, si Dieu le veut.

Bouchra Chakir

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