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Brahim Bouallou : Le « Computer » des livres qui résiste au silence de la lecture

 
Brahim Bouallou : Le « Computer » des livres qui résiste au silence de la lecture

Par Bouchra CHAKIR- Ati Mag

À Casablanca, dans le quartier d'Oulfa, une petite librairie mène un combat héroïque. Brahim Bouallou, libraire passionné et journaliste-photographe, organise depuis 25 ans son salon du livre de Ramadan. Portrait d’un homme pour qui le livre est une religion et un pont entre les cultures.

Un salon « à l'étroit » mais au grand cœur

D'ordinaire, pendant le mois sacré, la librairie « Taouss pour le Savoir » s’installe en plein air. Un rendez-vous attendu où les passants, entre deux prières de Tarawih, venaient feuilleter des Corans ou des ouvrages de littérature. Mais cette année, faute de sponsors et de soutien des autorités locales, le stand est resté au garage. « L'année dernière, j'ai tout payé de ma poche. On dirait qu'il y a une guerre contre la culture alors que les festivals de musique, eux, reçoivent tout le soutien nécessaire », déplore-t-il.

Le « Computer » du boulevard Ziraoui

Brahim n'est pas un simple vendeur, c’est une encyclopédie vivante. À l'époque où il travaillait au boulevard Ziraoui, il côtoyait les grandes figures de l'enseignement et de la politique. Ses clients étaient prestigieux, comme l’ancien Premier ministre Maati Bouabid, il s’en souvient avec nostalgie de ce grand monsieur, qui repartait avec 20 livres espagnols sous le bras, ou de cette anecdote savoureuse lors d'un salon international où il dut « sauver la face » devant l’invité du ministère de la Culture qui était un éditeur français, gérant de l’édition Delagrave car la responsable désignée ne connaissait rien au métier. C’est cette maîtrise qui lui a d'ailleurs ouvert les portes du journalisme : un patron de presse, ébloui par ses connaissances en librairie, l'a engagé pour sa première mission.

C'est à cette époque que s'est forgée sa réputation de « Computer » (l'ordinateur). Ce surnom lui a été donné par ses collègues et clients juifs marocains qui enseignaient dans les écoles environnantes, comme Maimonide ou Narcisse Leven. « Je connaissais plus de 2000 titres par cœur. Ces enseignants juifs étaient impressionnés par ma mémoire et ce lien nous unissait autour du savoir », se rappelle-t-il avec émotion. Cette cohabitation par le livre témoigne d'un Maroc de tolérance où la culture n'avait pas de frontières religieuses.

Le « Petit Paradis » face à la tentation commerciale

Aujourd'hui, l'entourage de Brahim le pousse à transformer son local en commerce de matériel médical, bien plus rentable vu la proximité d'une nouvelle clinique. Mais Brahim reste inébranlable. « Cette librairie est mon petit paradis ». À l'heure du numérique et de l'indifférence, il reste debout, tel un gardien du temple, rappelant que le livre est l'âme d'une nation et le témoin de notre histoire commune. 

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