L’illusion du béton en Algérie : Quand la propagande médiatique s’approprie les prouesses technologiques d’autrui
Dans l’ère de l’image et
de l’information instantanée, la frontière entre communication institutionnelle
et désinformation semble parfois devenir dangereusement poreuse. Un incident
récent, impliquant un média officiel algérien, vient de jeter une lumière crue
sur une pratique déconcertante : l'utilisation d'infrastructures étrangères
pour masquer une absence de réalisations locales, au mépris de toute éthique
journalistique.
Le "Hold-up"
visuel : Le pont de Pingtang devient algérien
L’affaire a fait le tour
des réseaux sociaux et suscité l’incrédulité des experts en ingénierie. Dans un
reportage visant à vanter les « mégaprojets » nationaux, la chaîne officielle a
diffusé des images spectaculaires d’un pont suspendu, affirmant qu’il
s’agissait d’une construction locale et, plus audacieux encore, du « plus long
pont d’Afrique ».
Pourtant, la réalité
géographique est implacable. Les images utilisées sont celles du pont de Pingtang, situé dans la
province du Guizhou, en Chine.
Ce géant d’acier et de béton, chef-d’œuvre de l’ingénierie chinoise avec ses
pylônes en forme de diamant, n’a absolument aucun lien avec le sol africain.
Au-delà de l'erreur :
Une stratégie de manipulation
Si l'on peut parfois
pardonner une maladresse technique, l'argumentaire sonore qui accompagnait ces
images exclut toute hypothèse d'accident. En commentant précisément l'ouvrage
comme une réussite nationale, le média sort du cadre de l’information pour
entrer dans celui de la construction
de récits fictifs.
Ce procédé répond à
plusieurs objectifs de propagande :
1. Combler un vide : Faute de projets concrets de cette envergure à filmer, on emprunte le
succès des autres.
2. L’argument du record : S'autoproclamer détenteur du « plus long pont
d'Afrique » permet de flatter l'orgueil national, même si le record réel
appartient au Pont du 6 Octobre en Égypte (20,5 km).
3. L’anesthésie critique : Parier sur le fait que le téléspectateur moyen ne
vérifiera pas l'origine de l'image.
Le discrédit d'un
système médiatique
L’utilisation de telles
méthodes est une arme à double tranchant. À l'heure du numérique et du fact-checking citoyen,
l’imposture est démasquée en quelques minutes. Le résultat est dévastateur pour
la crédibilité du média : au lieu de magnifier le pays, ces pratiques
l'exposent à la risée internationale.
S’approprier le
patrimoine architectural de la Chine pour masquer ses propres carences ne
change pas la réalité du terrain. Au contraire, cela souligne une vérité amère
: la puissance d’une nation ne se mesure pas à la qualité de ses montages
vidéo, mais à la solidité réelle de ses infrastructures.
Conclusion :
Le journalisme a pour mission de rapporter les faits, pas de les inventer.
Lorsqu'un média officiel utilise des images de la province du Guizhou pour illustrer
des routes africaines, il ne fait pas que mentir à son peuple ; il avoue
implicitement son incapacité à bâtir ce qu'il prétend déjà posséder.

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